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Extrait Une dame ne présume jamais

Prologue

Londres, fin mars 1808

Lord Rockwell Ware n’avait pas vu son frère aîné aussi heureux depuis très, très longtemps. Il devait y avoir quelque chose de spécial dans cette maladie qu’est l’amour, mais il ne voulait toujours pas l’attraper.

Wolf et Tiffany étaient revenus de leur lune de miel en Cornouailles la semaine dernière. La vie conjugale convenait manifestement au marquis de Wolfarth et à sa nouvelle épouse. En fait, Lady Tiffany rayonnait ce soir, même s’il comprenait à quel point elle était nerveuse d’organiser son premier bal en tant que marquise de Wolfarth.

La soirée se déroulait bien, avec la présence de la plupart de la haute société, dont beaucoup sans doute désireux de juger Lady Tiffany et de la trouver insuffisante. Comment une bas-bleu, pauvre et célibataire, avait-elle pu captiver l’attention du marquis de Wolfarth, l’un des célibataires les plus convoités d’Angleterre ? C’était la question à laquelle Rockwell savait pertinemment qu’ils étaient venus chercher des réponses. La réponse était simple : elle l’avait captivé par l’amour.

Voilà pourquoi, en tant que cadet, Rockwell se cachait dans l’ombre. Il était maintenant le seul Ware célibataire. La plupart des gens savaient qu’il avait accumulé sa propre fortune grâce à ses voyages et investissements, et qu’il était désormais recherché par les mères ayant de jeunes débutantes.

Rockwell ne s’y risquerait plus. Il avait aimé une fois et cela avait coûté la vie à son amour. Son désir d’aventure signifiait qu’il ne s’établirait jamais pour fonder une famille heureuse. Ce n’était pas juste pour les personnes concernées. Il ne restait jamais trop longtemps au même endroit.

Maintenant que Wolf était heureux en mariage, un héritier suivrait sûrement bientôt et il n’aurait plus le titre de « suppléant » qui pesait sur lui. Comme il détestait être connu comme le suppléant. Il avait toujours suivi sa propre voie dans la vie. Peut-être que son besoin d’explorer et de défier le monde venait de sa volonté de prouver que sa vie était plus que simplement attendre qu’une chose terrible se produise. Être le cadet lui donnait plus de liberté que Wolf et, au fond de lui, il avait toujours craint que le décès de Wolf ne lui enlève cette liberté. Il s’était senti plus détendu depuis que l’ennemi de son frère, le véreux M. Sprat, et la menace qu’il représentait étaient maintenant morts.

Rockwell aimait l’aventure, aussi avait-il éprouvé une immense satisfaction à nettoyer les crimes de Sprat. Pendant que le couple de jeunes mariés était en Cornouailles, Sprat, l’homme qui avait failli tuer Wolf, avait été jugé et pendu. Cette saga était terminée, et il espérait que Wolf pourrait poursuivre sa vie et laisser ce terrible passé derrière lui. À en juger par le sourire satisfait et content de son frère, c’était le cas.

Le titre de suppléant était sur le point d’être mis à la retraite, et Rockwell célébrait cela en planifiant son voyage en Afrique.

Son investissement dans les filatures d’Armley avait rapporté une somme énorme. En fait, il avait discuté avec les propriétaires de la filature de l’investissement dans un grand domaine et de l’élevage de plus de mérinos. Les mérinos étaient nouveaux en Angleterre et il y en avait peu. La filière avait besoin de plus de laine pour se développer. Le nombre de têtes devait augmenter. Il réfléchirait à un tel investissement à son retour d’Afrique. Bien qu’il fût déjà propriétaire terrien, gérer un domaine n’était pas quelque chose qu’il apprécierait. Il secoua la tête. Cela ne ressemblait pas à ce qu’un explorateur devrait envisager.

En parlant de pays chauds, la chaleur était insupportable dans la salle de bal, et il voulait sortir sur la terrasse lorsqu’il entendit un rire féminin. C’était Lady Farah, la sœur cadette du Duc de Blackstone. Stone pour tous ceux qui le connaissaient, car il avait à peu près autant d’émotion en lui qu’un rocher. Mais Rockwell savait que sous le personnage ducal de Stone se cachait un homme avec un grand cœur. Du moins l’espérait-il.

Il scruta la foule et la trouva avec les autres dames de la sororité qui entouraient Tiffany. Mais il n’avait d’yeux que pour Lady Farah.

Il adorait son rire. Il était chaleureux et rempli de joie. Il secoua la tête pour chasser l’image de Farah debout dans sa chambre quelques semaines auparavant, avec sa botte hessoise sur une jambe longue et fine. Ses jupes remontées jusqu’à sa taille. Sa sœur et Farah avaient secrètement pillé sa garde-robe pour prendre des vêtements destinés à une vente caritative, et Farah avait décidé d’essayer une botte hessoise. Jamais il n’avait assisté à un spectacle aussi alléchant. Était-ce pour cela qu’il ne pouvait la sortir de sa tête ?

La rumeur disait que Blackstone voulait la marier à Lord Franklin. Ce ne serait pas une union heureuse. Peut-être devrait-il lui parler, mais il n’y avait pas encore eu d’annonce. Peut-être que Farah avait enfin rassemblé le courage de tenir tête à son frère.

Franklin était aussi morne qu’une froide journée d’hiver, et la timide Farah avait besoin d’un homme qui puisse faire émerger la vraie femme en elle. La femme qu’il avait aperçue lorsqu’elle se tenait dans sa chambre avec sa botte. Cachée sous sa timidité se trouvait une femme pleine de passion frémissante et d’amour pour la vie.

Il avait de la peine pour Farah. Il la connaissait depuis qu’elle était une jeune fille, une visiteuse fréquente de leur maison étant donné qu’elle était la meilleure amie de ses deux jeunes sœurs. Si Blackstone allait de l’avant avec cette union, elle épouserait un homme qui ne savait pas s’amuser, et encore moins profiter de la vie.

Comme si Lady Farah avait senti qu’il l’observait, elle se tourna et glissa à travers la salle vers l’endroit où il se cachait de la foule. Il ne put s’empêcher d’afficher un sourire séducteur. Elle était exquise, dans un genre de lutin-fantôme.

Comme d’habitude, elle ne put le regarder dans les yeux. — Bonsoir, mon seigneur. J’entends que vous partez pour l’Irlande demain afin de récupérer l’argent que Sprat a volé à Lady Tiffany.

— C’est exact. Je dois présenter le rapport du magistrat et signer quelques documents à la banque pour que l’argent soient transféré à Wolf.

Farah hocha la tête d’un air pensif. — Pensez-vous que cela prendra longtemps avant que l’argent ne soient restitué ?

Rockwell la contempla silencieusement un instant. Pourquoi Lady Farah s’intéressait-elle tant à l’argent ? — Cela ne devrait pas prendre plus de quinze jours.

Elle se mordit la lèvre. — Je suppose que ce n’est pas trop long. — Elle se frotta les mains.

— Y a-t-il une raison pour laquelle Lady Tiffany pourrait en avoir besoin plus tôt ?

Elle secoua la tête. — Non. Pas Tiffany, — et avant qu’il ne puisse en demander davantage, elle le dépassa et sortit dans le couloir.

Comme c’est étrange. Pourquoi Farah, parmi toutes les dames, aurait-elle besoin d’argent ? Son frère était très riche et elle devait bientôt épouser un lord fortuné.

Avant qu’il ne puisse accorder plus de réflexion à cette conversation étrange, Tiffany arriva à ses côtés. — Il est temps de sortir de ce coin et de danser avec votre belle-sœur. Pourquoi les hommes ont-ils si peur du mariage ?

— Wolf m’a montré qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur du mariage, seulement de choisir la mauvaise femme.

— Bonne réponse, Rockwell. Y a-t-il une femme qui vous conviendrait, selon vous ?

Une image de Farah dans sa botte hessoise traversa son esprit.

Elle gloussa. — Oh, je pense qu’il pourrait y en avoir une. — Et tandis qu’ils dansaient, Tiffany parcourut des yeux les dames présentes. Seule Farah n’était pas encore revenue dans la salle de bal. Tiffany reporta son attention sur Rockwell. — Je découvrirai de qui il s’agit. Je suis si heureuse. Je veux que tout le monde trouve ce que j’ai trouvé avec Wolf.

* * *

À l’approche de l’aube, Rockwell entra dans la chambre qu’il gardait à Wolfarth House. Il était trop fatigué pour retourner à ses quartiers de célibataire après le bal réussi de Tiffany. Il avait dit au valet de Wolf, Simpson, de ne pas l’attendre. Un homme comme lui était parfaitement capable de se déshabiller seul.

Il imagina Farah l’aidant à se déshabiller. Il adorerait la déshabiller et la laisser debout, nue à l’exception de ses bottes hessoises. Pour l’amour de Dieu, il devait se ressaisir. Il n’était pas prêt à se marier. Il avait sa grande expédition à travers l’Afrique le mois prochain. Il ne se marierait pas pour partir brusquement dans un voyage dangereux de douze mois. Ce ne serait pas juste pour son épouse. C’était vraiment dommage, car il soupçonnait que Blackstone aurait marié Farah avant son retour, sinon avant.

Rockwell se glissa nu entre les draps. Il sentait son sexe durcir déjà en pensant à Farah nue dans ses bras, puis sa tête heurta l’oreiller et…il sentit quelque chose en-dessous. Il s’assit et se retourna pour regarder. C’était un rouleau de parchemin attaché avec un ruban rose. En le ramassant, il senti un délicat parfum de roses. Lentement, il défie le ruban et déroula la feuille.

Bon voyage en Irlande. Vous me manquerez pendant votre absence.

Mais mes rêves sont libres et je rêverai de vous…

Vôtre F.

Il porta le parchemin à son nez, ferma les yeux et huma. Il sentait le parfum que Farah avait porté ce soir.

Penser que la petite Farah timide s’était faufilée dans sa chambre pour laisser cette note osée sur son oreiller. Que diable cela signifiait-il ? Il ne voulait pas savoir pourquoi il était si content.

Cela lui donnait envie de ne pas partir pour l’Irlande demain. Tandis qu’il caressait son membre, imaginant Farah dans sa chambre, nue dans son lit, il pensa que ce serait le voyage en Irlande le plus court qu’il ait jamais fait.

 

Chapitre Un

Londres, mai 1808 – 2 mois plus tard

Une jeune femme ayant besoin d’un scandale supportable devait choisir son partenaire, ou était-ce du moins, avec le plus grand soin.

Farah était confiante dans son choix. Connaissant Rockwell depuis l’enfance, il avait toujours su lui faire sentir qu’elle était plus que simplement la sœur du duc de Blackstone, et il l’écoutait. C’était un choix sûr. Son seul choix, en réalité.

Mais elle n’avait pas prévu l’absence prolongée de Lord Rockwell Ware en Irlande, qui mettait maintenant son plan en péril. Il était censé être absent pendant une quinzaine de jours, mais cela faisait presque six semaines. Depuis la veille, il était rentré, et les scandales n’attendaient personne. Surtout pas une femme sur le point d’être forcée à un mariage dont elle ne voulait pas, vraiment pas. Vraiment, vraiment pas.

Elle déjouerait son frère, le duc de Blackstone, à tout prix. Comment elle était censée empêcher son frère de la harceler pour la soumettre une fois de plus, elle ne le savait pas encore. D’où son plan. Cette fois, elle ne le laisserait pas gagner. Sa vie et son bonheur en dépendaient.

Ce soir, son courage ne pouvait pas l’abandonner. Rockwell serait présent au bal de Lady Skye. Il l’aiderait, consciemment ou inconsciemment.

Comment la pensée de Lord Rockwell Ware assistant au bal de ce soir pouvait-elle la faire trembler autant de crainte que d’espoir ? Farah se tenait tranquillement à côté des autres membres de la sororité, discutant de leur sujet favori — les investissements — mais elle ne pouvait pas penser aux actions alors que chaque nerf de son corps était si tendu qu’elle pourrait se briser en deux.

— Lord Franklin est présent. Y a-t-il quelque chose que moi et la sororité pouvons faire pour aider ? Peut-être que si nous parlions ensemble avec Blackstone…

Farah soupira. — Vraiment ? Tu crois que ça marchera ? L’espoir. Elle s’y accrochait comme à un cristal magique, seulement pour voir la lueur s’éteindre dans les yeux d’Ashley. Même Ashley comprenait la force et la détermination de son frère après la débâcle avec le comte Philippe Lambert. De plus, son frère ne laisserait jamais Ashley, entourée de scandales, entrer dans sa maison.

— Nous pourrions te trouver quelqu’un d’autre à épouser. Un homme que Blackstone approuverait et avec qui tu pourrais construire une vie merveilleuse.

— Je me demande s’il approuverait un homme que je choisisse. Regarde ce qu’il a fait à mon Philippe.

Elle se souvenait du sourire de Philippe, de sa présence taquine et de ses doux baisers. Le Comte français était patient avec sa timidité et prenait le temps de la faire s’ouvrir. Il était si beau et sa famille, bien qu’ayant beaucoup perdu pendant la révolution, s’était échappée en Angleterre avec quelques richesses. Ils avaient développé leur petit domaine dans le Norfolk. Oui, sa dot était avantageuse pour Philippe, mais il aurait pu choisir n’importe quelle héritière et il l’avait choisie, elle. Il la voulait, elle.

Puis son frère l’avait découvert. — Regarde ce qui s’est passé avec Philippe. Il savait combien j’aimais Philippe. Mais il l’a chassé et m’a pratiquement gardée prisonnière dans notre domaine jusqu’à ce que Philippe abandonne et en épouse une autre. Je ne pense pas que j’obtiendrai l’approbation de mon frère.

Son frère lui avait dit que le fait d’abandonner était un signe que Philippe était simplement intéressé par son argent, et elle détestait l’admettre, mais elle se demandait s’il avait raison. Mais quand même. Elle aurait eu une vie heureuse avec Philippe parce qu’elle l’aimait bien et qu’il l’aimait bien. Cela aurait pu se renforcer avec le temps.

Elle n’aimerait jamais Lord Franklin. Elle détestait ce petit homme sans humour et mesquin. Sa vie serait malheureuse. Blackstone avait tellement peur qu’elle s’enfuie avec un prétendant inadéquat qu’il était déterminé à la voir mariée avant la fin de la saison. Le scandale d’Ashley avait effrayé son frère au point qu’il était devenu un geôlier surprotecteur.

— Alors essayons de trouver un homme que Blackstone approuverait, Ashley refusait d’abandonner, Dieu la bénisse.

Le visage de Rockwell apparut dans l’esprit de Farah. Bien qu’elle comprenne qu’il était un libertin, un vagabond, toujours à explorer le monde, il était gentil, beau, et la vie ne serait jamais ennuyeuse. Il n’y avait qu’un seul problème. Rockwell n’avait aucune intention de se marier de sitôt. En fait, il partait pour une autre de ses expéditions dans un mois. C’est pourquoi il était le complice parfait pour l’aider à créer un petit scandale. Franklin se désisterait au moindre soupçon. Il était tellement snob.

Rockwell quitterait de toute façon le pays. À son retour, il serait pardonné, tandis qu’elle serait toujours cachée dans les Cornouailles dans son cottage. L’argent qu’elle avait économisé grâce au club d’investissement de la sororité l’aiderait à acheter une telle retraite.

— J’ai une autre option. Maintenant que Rockwell a récupéré mon argent à la banque en Irlande, j’ai l’argent que Tiffany a gagné pour moi grâce à ses investissements. Je pourrais simplement m’éclipser et m’acheter un petit cottage quelque part où personne ne me connaît. J’ai assez pour vivre si je suis prudente, et Tiffany continuera d’investir pour moi.

Ashley la regarda avec amusement. — Et ça va empêcher Stone de te retrouver, de te ramener à la maison et de te marier à n’importe qui qui voudra de toi ? Si tu ne peux pas dire non à une demande en mariage maintenant, comment vas-tu l’empêcher de décider où et comment tu vivras ?

Et c’est là qu’intervenait le scandale. Si elle provoquait un scandale, vu comment il avait traité Ashley, Stone la bannirait probablement, et bien qu’elle perdrait son frère, elle espérait qu’avec le temps elle pourrait le faire lui pardonner. D’ailleurs, elle le perdrait si elle épousait Franklin. Ils déménageraient dans le Cumbria, et elle ne le verrait probablement presque jamais.

Elle ne pouvait pas se résoudre à dire à Ashley qu’elle préférait créer un scandale plutôt que de faire face à son frère. Ashley avait été impliquée dans son propre scandale et n’en avait rien dit à aucune d’entre elles. Farah ne voulait le dire à personne non plus.

Alors, à la place, elle répondit : — La chance de trouver un autre homme intéressé par le mariage dans les prochains jours est peu probable.

— Je ne sais pas. Rockwell pourrait venir à la rescousse si tu le lui demandes gentiment.

Le regard de Farah se tourna vers les escaliers où Rockwell descendait dans la salle de bal avec Lady Joanne à son bras. Joanne était une charmante veuve, elle avait quelques années de plus que Rockwell. Était-elle sa nouvelle maîtresse ? Ses nerfs se tendirent davantage.

— Il ne semble pas avoir besoin d’une épouse, répondit Farah avant de se détourner de leur vue à tous les deux. Comment pourrait-elle utiliser Rockwell dans son plan s’il s’embarquait dans une nouvelle liaison ? Sa soirée empirait de minute en minute, Lord Franklin traversait la piste dans sa direction. — Oh, non.

Ashley leva les yeux et, apercevant l’homme qui approchait, saisit Farah par le bras et se précipita dans la direction opposée. Farah continuait à regarder par-dessus son épaule et vit Lord Franklin allonger le pas. — Il vient toujours, oh, et Farah heurta un torse solide. Elle leva les yeux vers le beau visage de Rockwell et son cœur vacilla dans sa poitrine. Pourquoi ne pourrait-ce pas être toi ?

Avant qu’elle puisse reprendre son souffle, elle entendit Ashley dire : — Sauve-la, Rockwell. Danse avec elle.

Le sourire de Rockwell s’évanouit lorsqu’il aperçut aussi Franklin. Il devint son héros de la vie réelle quand, sans un mot, il la conduisit sur la piste pour la prochaine danse, une valse.

— Pourquoi continues-tu à encourager cet odieux petit homme ? Tu mérites mieux.

— Quelqu’un comme toi peut-être ?

Bonté divine, avait-elle dit cela à voix haute ? Il ne la regarda pas avec horreur. Au lieu de cela, il rit.

— Est-ce que c’est à propos de la note que tu as laissée dans ma chambre ? Je suis désolé de te décevoir, mais le mariage, même avec toi, n’est pas dans mon avenir proche.

Devrait-elle nier la note, c’était le moment qui scellerait son destin. Le courage favorise les audacieux. Tu peux le faire… Elle se rapprocha et ses bras se resserrèrent automatiquement autour d’elle. 

— Tu m’as manqué. Elle le regarda à travers ses cils mi-clos et vit un éclair de peur dans ses yeux, mais ensuite le libertin prit le dessus.

— Et as-tu rêvé de moi ?

Elle avait la bouche sèche. Il se souvenait des mots de la note. — Bien sûr.

Elle ne put penser à rien d’autre à dire alors qu’il la faisait tournoyer sur la piste.

— Dois-je être le plan pour contrecarrer Franklin ?

Elle faillit hoqueter. Elle ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi facile. — Voudrais-tu m’aider ?

— Eh bien, je sais que parler avec Stone est inutile. J’ai déjà essayé. Ton frère est déterminé à te voir mariée. Il pense que ce qui est arrivé à de ma sœur pourrait t’arriver, et cela ruinerait ta vie. Il s’inquiète que tu sois exploitée après le comte, mais je pense que ta vie serait insupportable si tu épousais Franklin. D’ailleurs, je pense qu’Ashley contesterait vigoureusement que sa vie soit ruinée.

— Je pourrais t’embrasser juste pour avoir dit ça. Et Farah le pensait vraiment. Elle voulait être tenue dans ses bras et embrassée depuis longtemps. Elle voulait que son prochain baiser soit avec lui. Peut-être qu’elle ne voulait de baisers que de lui, et c’était une pensée effrayante, car elle doutait qu’il ne veuille embrasser qu’elle une fois qu’elle aurait mis son plan en marche.

— Et je te laisserais faire, si nous étions seuls.

— Je pensais que Lady Joanne pourrait être la femme qui vole tes baisers en ce moment. Cela élargit son sourire.

— Non. Elle est prise par un autre. Devant son regard confus, il ajouta : — Lord Burberry était en retard, alors il m’a demandé de l’escorter au bal en son nom.

Son cœur voulait chanter.

Ses mots la firent grimacer. — Si tu restes dans la salle de bal, tu ne pourras pas éviter Franklin toute la nuit.

— Il me presse pour une réponse et dès que je décline poliment son offre, il court voir Stone pour que mon frère me fasse changer d’avis. La chaleur de la salle de bal l’oppressait.

— La jeune femme qui a été assez audacieuse pour laisser une note sur mon lit est assez forte pour tenir tête à son frère.

— Tu ne me connais pas vraiment, n’est-ce pas ? Je n’ai jamais pu tenir tête à Stone. La plupart des gens n’y arrivent pas.

Il s’arrêta presque de bouger. — Il ne te forcera sûrement pas à te marier si ce n’est pas ce que tu veux ? Quand elle ne dit rien, il jura entre ses dents.

Elle secoua la tête. Personne ne comprendrait. Malgré les souhaits de sa mère pour qu’elle prenne en charge la maison, elle n’obtenait jamais ce qu’elle voulait, même après la mort de sa mère. Stone avait embauché une nouvelle gouvernante qui lui faisait rapport directement, au lieu de lui permettre de prendre les commandes. Quand elle avait protesté dans son chagrin, il lui avait dit qu’elle était trop jeune et fragile pour être responsable de la maison. Elle n’avait même pas été autorisée à ranger les affaires de sa mère, et elle ne pardonnait jamais à son frère pour cela.

— Ta note a attiré mon attention. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Elle prit une profonde respiration. — J’ai une sorte de plan. Je sais que tu mets les voiles dans un mois pour l’Afrique. Pourrais-tu prétendre me faire la cour pour que je puisse gagner du temps pour attirer quelqu’un d’autre, ou convaincre mon frère de me laisser avoir mon mot à dire sur mon avenir ? Elle ajouta : — Mon frère me pousse à épouser Franklin uniquement parce qu’il s’inquiète après ce qui est arrivé à Ashley et il pensait que Philippe était un chasseur de fortune.

— Il l’était très probablement.

Elle répondit : — Mais c’était un chasseur de fortune qui m’aimait bien et que j’aimais bien. Je déteste Lord Franklin.

— Donc, je prétends être l’alternative. Mais que se passera-t-il quand je mettrai les voiles ?

— Ne penses-tu pas que je puisse attirer un autre prétendant d’ici là ? Avec toi à mes côtés, d’autres hommes me remarqueront. Personne ne me remarquera avec Franklin à mes côtés.

— C’est vrai, mais je ne mentirai pas à ton frère.

L’espoir se flétrit dans sa poitrine. — Que penses-tu de tordre un peu la vérité, alors ? Et si tu disais à Stone que tu souhaites voir s’il pourrait y avoir quelque chose entre nous ? Ensuite, quand tu partiras, tu pourras être honnête en disant que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre.

— Je crains de ne pouvoir être si galant. J’ai une affaire urgente qui requiert mon attention. Je quitte Londres demain. Je te souhaite bonne chance, cependant.

Avec cela, son espoir mourut vraiment. Son plan reposait sur sa présence à Londres pendant les prochaines semaines.

Alors que la danse se terminait et qu’il la libérait de ses bras, elle regretta immédiatement la sensation de sécurité, de protection. Et son corps se figea lorsqu’une voix à son épaule dit : — La prochaine danse est la mienne, je crois.

Franklin était venu la réclamer et sa soirée était totalement ruinée.

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